Qui donne la croissance ?

par Ramesh Richard

La délégation américaine était gagnée par une anxiété intense au beau milieu de l’un des moments les plus joyeux de l’histoire chrétienne. Certains responsables missionnaires participant à la Consultation mondiale sur l’évangélisation du monde (mai 1995, Séoul, Corée) voyaient leurs rêves sur le point de s’effondrer. L’espoir de doubler rapidement les fonds investis par leurs organisations via une fondation de la côte Est, en apparence fiable, s’était évanoui. Pire encore, ils allaient perdre jusqu’au capital placé dans un dispositif de croissance rapide piloté par cette fondation. Toutes les réactions habituelles du deuil étaient au rendez-vous. La rationalisation a vite pris le dessus sur le déni : « Nous n’avons pas perdu grand-chose. Nous l’avons fait de bonne foi. C’était l’argent du Seigneur, de toute façon. Beaucoup d’organisations crédibles étaient dans le même bateau. » Etc., etc.

Sans me réjouir du malheur d’autrui, permettez-moi d’alerter le monde associatif chrétien sur quelques questions cruciales. Pour éviter toute impression d’opportunisme, j’avais initialement demandé que cette réponse — mi-manifeste, mi-diagnostic — soit publiée anonymement. Avec le recul et non sans appréhension, je me sens désormais libre de révéler mon identité.

Un bref parcours personnel pour établir le lien avec vous en tant que leader chrétien : je dirige une petite organisation qui sert dans les économies les plus pauvres du monde. Comme pour vous, l’immensité des besoins dépasse notre capacité à collecter des fonds. Mais la taille modeste de notre organisation et la spécificité de notre vision rendent peut-être la pression financière moins aiguë que la vôtre. La tentation de croître rapidement face aux opportunités que Dieu donne — et en son nom — est toujours présente. Ces opportunités existent, persistent et me rongent l’âme durant les veilles de la nuit. J’ai délibérément choisi une voie lente, bien que des donateurs, des collecteurs de fonds et des faiseurs de rois m’assurent que « tout pourrait décoller » si nous mettions les bouchées doubles.

Ironie du sort, des amis de confiance nous avaient recommandé de présenter nos projets à cette fondation une semaine à peine avant sa faillite. On nous avait dit que notre programme répondrait aisément à ses critères les plus rigoureux. J’aurais probablement mordu à l’hameçon et sombré avec les autres. La grâce de Dieu nous a protégés. Je me tourmente encore en me demandant pourquoi il n’a pas choisi de protéger les autres.

En réponse à ce désastre financier, permettez-moi de proposer une manière de penser, une posture du cœur et un mode de vie face à l’argent et à la croissance dans le ministère chrétien. Ce ne sont pas des formules garantissant le succès ou l’échec. Ce sont des pistes pour laisser l’intégrité biblique façonner notre regard sur la volonté de Dieu pour notre ministère.

Premièrement : développer une pensée biblique sur l’argent, la croissance et le ministère.

L’argent est-il une divinité ? Bien sûr que non. Nous le savons. L’argent n’est pas le dieu de votre ministère. Et le ministère ne devrait pas être votre dieu non plus. Dieu est Dieu, ontologiquement et fonctionnellement. Votre ministère doit vivre, se mouvoir et avoir son être en lui. Malheureusement, l’argent peut fonctionner comme une divinité dans la vie d’un ministère. Il devient l’arbitre ultime des décisions.

Bibliquement, l’argent demande à être « aimé » et « adoré ». Il pousse à l’idolâtrie — il se fait centre de la vie et prétend déterminer la volonté de Dieu. Il véhicule de fausses valeurs : le bonheur, la sécurité et le contentement finissent par se mesurer à l’aune de l’argent. Il procure un faux sentiment de bien-être. Il nourrit une illusion d’autosuffisance. Mammon veut croître en « utilisant » ce que vous avez pour en obtenir davantage — cause directe de la tragédie récente.

Spirituellement, l’argent sape la vie intérieure en étouffant la foi et la puissance. Il brouille les repères éthiques en introduisant de nouvelles tensions. Il trouble les désirs. Soudain, nous convoitons ce que nous n’avons pas ou dont nous n’avons pas besoin, et nous trouvons d’excellentes raisons à ces désirs. Si vous ne gérez pas l’argent, votre vie et votre ministère en paieront le prix. L’argent vous pousse vers le haut sur l’échelle sociale. Par facilité, et c’est regrettable, nous supposons que cette ascension est toujours légitime. Il nourrit l’orgueil et l’attachement aux possessions. Il peut devenir un outil de contrôle sur autrui.

Puisque les Écritures doivent croiser notre existence spirituelle, voici quelques principes que j’ai tenté de suivre pour discerner la volonté de Dieu à la lumière des circonstances financières : (1) Nous ne déciderons pas de la volonté de Dieu en fonction de la présence ou de l’absence d’argent. Cette conviction exige de la « foi », car nous cherchons à connaître sa volonté indépendamment des ressources disponibles. (2) Nous ne déciderons pas de la volonté de Dieu en fonction de la présence ou de l’absence de besoins. Ce principe exige du « travail », car il suppose de faire connaître les besoins. (3) Lorsque ni l’argent ni le besoin ne sont visibles, c’est la foi qui est requise — faire confiance à Dieu pour les ressources avant même que les besoins ne surgissent. (4) Lorsque l’argent et le besoin sont tous deux présents, cela indique une direction pour l’action, sans pour autant la déterminer.

La croissance est-elle signe d’efficacité ? La croissance d’une organisation n’est pas un indicateur suffisant de son impact. Croissance et impact sont liés en surface, pas en profondeur. La croissance statistique d’un ministère ou de ses recettes reflète les réponses à certaines activités par rapport à une période antérieure. Elle n’est pas nécessairement synonyme de succès. Il nous faudra attendre le verdict divin pour évaluer véritablement le succès de notre ministère.

L’efficacité ne se mesure pas par la seule croissance quantifiable. On peut diriger une excellente organisation à un million de dollars et une organisation inefficace à deux millions. Ne mesurez pas le succès par la taille, la croissance par les chiffres, ni l’accomplissement par l’évolution du personnel, des mètres carrés, de la production de documents ou du budget. Réduire la voilure sans honte et croître sans orgueil sont des vertus spirituelles essentielles. « Plus gros, c’est mieux » est un présupposé culturel que la culture elle-même remet souvent en question. Ce principe s’applique-t-il, par exemple, au ratio enseignants-étudiants dans les universités ?

Ne confondons pas planification stratégique et prophétie. Les décisions organisationnelles (en particulier l’expansion des dépenses) sont trop souvent prises sur la base de ce que nous pensons devoir se produire. Parce que notre document de planification prévoit un certain nombre de collaborateurs dans les années à venir, nous signons pour des bureaux plus grands dès maintenant. Ce n’est pas de la planification. C’est de la prophétie dans des organisations à but non prophétique ! Chaque verset des Écritures sur la fragilité et l’inconstance de la vie s’oppose à une telle prétention. Qui sait ? Dieu pourrait même vous faire « croître » plus vite que votre document ne le prévoit.

Les membres du conseil, les donateurs et le personnel peuvent trépigner d’impatience de vous voir « croître ». Vous pouvez vouloir « croître », surtout lorsque vos pairs « croissent ». Cependant, la « croissance » d’organisations sœurs ne dit rien sur vous. Elle ne parle que d’elles. Soyez convaincu de votre appel au ministère, de votre sphère de travail. Soyez fidèle. Laissez Dieu faire croître.

Recherchez des occasions de servir dans la discrétion, voire dans l’anonymat. N’aspirez pas à la grande occasion ou au gros donateur. Ils viendront à vous en temps voulu, au temps de Dieu. L’élévation vient de lui. Dieu vous élèvera au moment opportun. Et lorsque vous pensez que le moment est venu, c’est probablement qu’il ne l’est pas encore.

Lorsque vous pressentez l’arrivée du moment de Dieu pour votre organisation, redoublez de vigilance sur votre propre misère intérieure. Ce moment peut avoir son origine en Dieu, mais l’élan qui suit peut être entièrement votre œuvre. Laissez Dieu continuer de vous surprendre — et pas seulement sur le plan financier. Si Dieu suscite des opportunités et des confirmations non sollicitées, il soutiendra aussi la croissance sans manipulation, sans avidité ni contrainte.

Il faut autant de courage pour ne pas croître que pour favoriser la croissance. Vous devez discerner le temps de Dieu en ces matières. Priez au sujet de la croissance pendant que vous croissez, car une croissance imprudente peut vous dévaster, vous et votre organisation.

Le ministère auprès des donateurs est-il un ministère ? Non ! Pas à moins que ce ne soit votre mission déclarée. Tranchez une fois pour toutes : vous ne serez pas pilotés par les donateurs. Se laisser piloter par les donateurs crée une confusion entre la finalité et les résultats du ministère. Vous remarquerez une désorientation organisationnelle et personnelle si c’est le cas. Très vite, votre ministère se conformera à leurs sentiments, à leurs attentes et à leurs priorités. Votre ministère sera réduit à un service aux donateurs.

On me dit que j’enfreins régulièrement une règle cardinale des relations avec les donateurs : le public de votre ministère et celui de vos donateurs devraient largement se recouper. Les Églises locales en sont le meilleur exemple. Les donateurs ne donnent pas si vous ne leur rendez pas un service direct. Si j’enfreins régulièrement cette règle, ce n’est pas intentionnel. Je comprends les réalités du terrain. Notre conseil d’administration est confronté à cette question parce que nos zones de ministère et de collecte de fonds sont très éloignées les unes des autres. Comment espérer que des gens donnent sans un accompagnement personnel ? La notoriété qui résulte d’une attention généreuse pourrait effectivement améliorer les dons. Cependant, notre raison d’être première est de proclamer Christ dans des régions cibles en dehors des États-Unis. Nous devons rester fidèles à cette mission, quel qu’en soit le coût.

Si vous restez fidèle à votre mission divinement assignée, il vous faudra peut-être gracieusement écarter certains donateurs. Écarter de gros donateurs peut sembler impensable, mais on ne peut pas les laisser fixer les paramètres ou les conditions de votre vision. Croyez-moi, beaucoup de donateurs vous ont déjà écarté. En écarter certains permet souvent d’en accueillir d’autres. Ne craignez pas de perdre des donateurs au profit d’une mission qui transforme des vies.

La relation avec les donateurs est-elle la mission ? Évaluez vos activités en mesurant l’argent et les heures que vous y consacrez. Puis demandez-vous : la relation avec les donateurs est-elle devenue, par glissement, la véritable mission de cette organisation ? Même si votre mission déclarée est de collecter des fonds, distinguez le moyen de la fin. La collecte de fonds est toujours un moyen au service d’un objectif plus grand. Vous devez entretenir une relation avec les donateurs, mais sans confondre la mission de l’organisation et la gestion de ces relations. Même vos services de collecte ne devraient pas considérer le ministère auprès des donateurs comme la raison d’être de l’organisation. Il est vraiment décourageant de voir à quel point le rôle d’un président finit par se réduire à la collecte de fonds comme seule justification de sa fonction.

De plus, ne révisez pas votre déclaration de mission pour l’adapter aux donateurs. Les donateurs, en particulier les plus mûrs spirituellement, finiront par s’aligner sur votre mission. Lorsque cela se produit, quelque chose de précieux naît entre votre organisation et ces donateurs. Ils trouveront toutes sortes de moyens de vous aider tout en éprouvant la joie d’investir leurs fonds avec sagesse. Vous pourriez même donner leur nom à un bâtiment, mais votre mission ne sera pas compromise.

Rappelez-vous : vous et vos donateurs travaillez ensemble sous l’autorité de Dieu pour l’accomplissement de la mission qu’il a confiée à votre organisation. Dieu a suscité l’organisation pour ce temps. C’est lui aussi qui suscite les donateurs pour un temps. Maintenez donc une relation saine, empreinte de piété, entre l’organisation et le donateur. Cela inclura le devoir d’enseigner aux croyants (et à vous-mêmes) qui sont riches à être généreux envers ceux qui ne le sont pas. Amenez-les (et vous-mêmes) à une vision biblique du succès, qui tient la réussite matérielle pour secondaire dans l’évaluation de l’efficacité globale. Enseignez-leur la gérance plutôt que la propriété, le contentement plutôt que l’avidité. Accompagnez-les avec douceur vers une vision biblique du don.

Dites aux donateurs ce qu’ils savent déjà mais ont besoin d’entendre régulièrement. Ils ne sont pas obligés de donner uniquement à votre organisation. Faites correspondre leur vision avec d’autres organisations, même si vous estimez que votre ministère est plus stratégique. Recommandez d’autres organisations à des donateurs potentiels, même si vous pourriez brillamment plaider la cause de votre propre ministère aux yeux de Dieu. Ne vous sentez pas responsable de savoir si tel donateur potentiel participera financièrement à votre cause. Cela vous délestera de fardeaux qui ne vous appartiennent pas. En revanche, prenez la responsabilité d’aider les donateurs à réfléchir soigneusement à ce qu’ils font de leur argent. Cela vous permettra d’entretenir avec eux une relation sans conflit d’intérêt.

D’ailleurs, un engagement moins absolu envers la collecte de fonds vous aide aussi dans le choix de vos membres de conseil. Nous souhaitons certes que notre conseil et notre personnel placent notre organisation dans la tranche haute de leurs dons. Mais leur présence ou leur influence au conseil (ou dans l’équipe) ne dépend ni du montant ni de la fréquence de leurs dons. Leur don n’est pas le reflet complet de leur engagement de cœur envers le ministère. Ne choisissez pas un membre du conseil en fonction de sa capacité à donner. Son amitié, ses charismes, ses compétences, les besoins de l’organisation et, plus fondamentalement, la convergence de vision sont ce qui compte.

Surveillez fréquemment votre manière de penser l’argent, la croissance et le ministère.

Deuxièmement : cultivons une passion pour le ministère plutôt que pour la croissance et l’argent.

Sondez vos passions. Où vont-elles vraiment ? Vers le ministère ? Vers l’argent ? Vers les deux à la fois ? Arrivez-vous à les démêler ? Veillez sur votre cœur — ce cœur si prompt à nous tromper.

Le Seigneur Jésus a laissé entendre que l’argent possède une personnalité charismatique. Il sollicite nos éloges. Nous avons beau paraître pieux dans nos publications, nos cœurs peuvent rechercher l’argent pour lui-même. Jésus a aussi dit que ceux dont le travail est motivé par l’argent sont des mercenaires, non des bergers. Pierre rappelle que nous ne devons pas poursuivre un gain sordide. Paul le rappelle : ceux qui sont dignes de conduire l’Église doivent être libérés de l’amour de l’argent.

Le vieil adage « l’argent suit le ministère » dit bien plus qu’une évidence sur les dons : il devrait guider nos priorités dans la planification, le budget et la mise en œuvre. Je pense ici aux projets conçus pour générer de l’argent sous couvert de ministère. Ces projets témoignent d’un génie entrepreneurial, mais je questionne leur existence même et celle des organisations qui les perpétuent. Nous devons constamment rejeter les projets qui obéissent avant tout à une logique de donateur. Et nous devons nous garder de glisser trop vite dans ce mode de pensée lorsque nous concevons des projets ministériels. Ne créez pas des projets pour générer de l’argent. Concevez d’abord des projets pour le ministère, puis élaborez des stratégies créatives de collecte de fonds.

Gardez votre cœur — constamment — car il est capable de tout vous faire croire.

Enfin, quelques suggestions sur un mode de vie cohérent avec votre pensée et votre cœur concernant l’argent, la croissance et le ministère.

Courriers : Dans « The Dark Science of Fund-Raising by Mail » (New York Times, 28 mai 1995, p. E6), Erik Eckholm décrit comment « des techniques scientifiquement affinées poussent les gens à envoyer de l’argent à de parfaits inconnus ». Provoquez l’indignation, la peur, la culpabilité, la pitié ou l’intérêt personnel. « Faites appel à leurs passions les plus basses. » Envoyez des « lettres test » en variant la prose, la taille de l’enveloppe, jusqu’à la couleur de la signature. Rédigez des lettres qui visent les tripes, pas le cerveau. Elles sont écrites ainsi pour une raison simple : ça marche. Créez des paragraphes d’ouverture percutants, incluez un P.S., lancez un appel à l’action, et désignez un ennemi ! Eckholm conclut : « Et il est encore moins évident qu’une prose raisonnée et mesurée puisse un jour l’emporter dans un domaine qui ne poursuit qu’un seul objectif par-dessus tout : collecter de l’argent. »

Sa dernière remarque devrait tracer une frontière nette entre les lettres de collecte de fonds chrétiennes et « la science et l’art obscurs » du publipostage. Notre finalité profonde dans nos envois ne devrait pas être de collecter des fonds. Les résultats peuvent effectivement en générer, mais notre but est de communiquer plus efficacement notre vision, nos opportunités et nos réalisations à l’ensemble du public dont Dieu nous a bénis. Soyez particulièrement vigilant à ne mettre personne sur votre liste d’envoi sans qu’il l’ait demandé. Surveillez la manière dont vous acquérez des noms. Vos lettres devraient être conçues comme un outil de communication ministérielle, pas comme un catalogue de vente par correspondance. Lorsque vous tentez de collecter des fonds par courrier, il ne devrait y avoir ni confusion sur votre intention, ni concurrence avec d’autres ministères, ni faux-semblant. Que vos rédacteurs et collecteurs de fonds soient profondément imprégnés de ces valeurs.

Dans notre organisation, nous revendiquons la sobriété et l’agilité comme valeurs fondamentales, tout simplement parce que nos bénéficiaires — ceux que nous servons, pas nos donateurs — vivent avec bien moins que ce que nous avons. Nous ne voulons pas projeter une image tape-à-l’œil qui respire l’excès et le gaspillage. Ce que nous recherchons, c’est une sophistication sobre — pas du luxe au rabais. C’est un combat quotidien. Tout ce qui semble extravagant devrait être couvert par des dons fléchés. Cela vous protégera des critiques excessives.

Ne contraignez ni ne manipulez jamais personne, de quelque manière que ce soit. Sollicitez l’aide des gens pour répondre à des besoins réels par une communication claire, empreinte de joie, de gratitude et d’intégrité. Laissez-les décider ce qu’ils feront de l’argent de Dieu — notamment s’ils suivront vos suggestions quant à son affectation. Vous n’essayez pas de leur prendre ou de leur soutirer quoi que ce soit.

Politique de financement : Élaborez une politique saine de collecte de fonds. Distinguez par exemple entre revenus projetés et revenus prédits. Les premiers s’accompagnent à juste titre du préambule de Jacques : « si le Seigneur le veut ». Les seconds relèvent de la pure présomption. Je connais des ministères qui comptent sur le décès de donateurs vieillissants ou malades et sur leurs legs à venir. Les variables sont trop nombreuses. Vivons sagement avec un avenir qui n’est garanti ni par les intentions des donateurs ni par leur mort.

Nous comprenons, bien sûr, les tensions propres aux organisations fondées sur la foi. Nous vivons dans un abandon permanent à la direction de Dieu, qui pourvoit les ressources pour commencer ou poursuivre un projet. Les organisations peuvent décider qu’un projet important ne sera pas lancé tant que tous les fonds ne sont pas engagés, ou plus probablement adopter une approche par paliers pour en poursuivre les différentes phases. Dans les deux cas, honorez scrupuleusement un processus approuvé par le conseil. Si un projet nécessite son autorisation et que le conseil souhaite avancer par paliers, ne démarrez pas la phase suivante sans avoir atteint le niveau de ressources convenu. Vous êtes peut-être tout proche avec une échéance qui approche. La tentation est forte d’avancer sur la promesse de dons « prévisibles ». Tenez bon, même si les meilleurs esprits du ministère ou des affaires trouvent votre prudence excessive. La foi pieuse fait avancer les projets, mais elle avance sur le rail de la sagesse pieuse.

Proposez de restituer les fonds fléchés si les projets ne se concrétisent pas ou sont sur-financés. Au minimum, donnez aux donateurs la possibilité de réaffecter leurs dons. La plupart ne voudront pas récupérer leur argent. Si un jour vous disposez de fonds excédentaires, n’améliorez pas votre train de vie et ne créez pas de nouveaux programmes pour dépenser l’argent. Réduisez plutôt vos appels à la collecte. Communiquez les coûts cachés à vos donateurs. Et rendez compte des échecs aussi. Votre vision mérite d’être soutenue malgré des revers occasionnels.

Amitiés : Cultivez un cercle intime d’amis auxquels vous portez attention sans arrière-pensée financière. Ne concentrez pas vos amitiés sur ceux qui peuvent donner beaucoup. Les gens ne devraient pas être vos amis parce qu’ils sont donateurs. Ils peuvent devenir donateurs parce qu’ils sont vos amis. J’anime chaque semaine une étude biblique pour un groupe de personnes fortunées. Pendant toute la première année, je n’ai pas soufflé mot de notre ministère. Aujourd’hui encore, je n’ai pas parlé d’argent. D’autres responsables d’organisations chrétiennes ont été invités à présenter leurs projets au groupe. Le groupe sait bien que notre ministère ne vit pas de l’air du temps. Même si cela ne se concrétise jamais, je suis convaincu que quelques-uns d’entre eux finiront par devenir nos meilleurs soutiens et ambassadeurs, simplement parce qu’ils sont mes amis. Ma retenue me donne en réalité l’autorité et le courage de partager ce que la Bible dit sur les questions d’argent.

Je me souviens avoir demandé à un autre ami proche, un gros donateur, de ne pas donner l’année dernière. Je voulais sonder ma motivation dans cette amitié. L’appellerais-je encore régulièrement ? Prierais-je encore souvent pour lui ? Heureusement, l’amitié tient toujours. Alors ne vous liez pas d’amitié uniquement avec ceux qui peuvent faire de gros dons. Si vous ne savez pas porter attention à un petit poisson, comment prendrez-vous soin d’un très gros ? Jacques nous dit que Dieu est contre la partialité. Que vos amitiés reposent sur la vision et l’affinité, non sur une ruse enrobée de spiritualité.

Mode de vie : Nous avons tous tendance à mener une vie culturellement complaisante sous prétexte d’efficacité ministérielle. Les ministères veulent se doter des dernières technologies au nom de la productivité. Les ministres préfèrent dîner dans les meilleurs restaurants sur l’argent des donateurs. Après tout, les héritiers du Seigneur se doivent de porter les plus beaux vêtements, de voyager en première classe et de savourer les mets les plus fins. Sans la bière, bien sûr.

Qui cherchons-nous à tromper, sinon nous-mêmes ? Les donateurs ne vivent pas et ne donnent pas pour financer notre train de vie. Si vous aimez la bonne cuisine ou les beaux hôtels, payez-les vous-même, ou au moins la différence. Soyez intraitable avec vous-même et vos notes de frais. Il ne faut pas grand-chose pour justifier les comportements les plus extravagants dans ce domaine. Demandez-vous si vous pourriez rendre compte de votre conduite devant vos donateurs sans explications alambiquées ni embarras. Soyez économe avec l’argent des autres et généreux avec le vôtre. Cet appel téléphonique coûteux est-il vraiment nécessaire ? Un simple mot ne suffirait-il pas ? Faut-il une enveloppe quand un élastique ferait l’affaire ? Pourrait-on utiliser le verso des brouillons pour recevoir les fax ? Ne devrait-on pas éteindre la lumière des toilettes quand personne ne les utilise ? Mêlez sobriété, agilité et sagesse dans votre culture de travail. Les exigences d’efficacité seront toujours en tension avec les exigences de sobriété. Mieux vaut généralement viser l’efficacité, mais construisez un argumentaire solide qui convaincra vos donateurs.

Le caractère sacré du dollar du donateur est comparable à celui du dollar du contribuable. Les leaders chrétiens devraient donner l’exemple de la frugalité — celle que nous attendons de nos élus, mais que nous n’obtenons pas toujours. Encore une fois : soyez généreux avec votre argent, pas avec celui de vos donateurs. Donnez à votre propre organisation. Au minimum, donnez suffisamment pour couvrir les petits avantages dont vous bénéficiez.

En conclusion, Apprenez à attendre et à vous contenter. Ne soyez pas impulsif en matière d’achats, d’embauches ou de mise en œuvre stratégique. Malheureusement, nous confondons l’impulsivité avec un leadership décisif. Par-dessus tout, fuyez les « dettes de foi ». Si vous adhérez à une théologie des « niveaux de foi », assurez-vous de ceci : il faut davantage de foi pour croire que Dieu pourvoira avant et pendant le programme, qu’après vous être engagé dans un programme non négociable en prenant vos donateurs en otage de votre présomption.

Je conclus cette réflexion par un mot sur la grâce, car je ne veux pas être dur envers vous, même si je dois l’être envers moi-même. La grâce couvre le péché, transforme les travers et nous rend capables de traverser l’ascension comme le déclin. En attendant, plantons et arrosons. Laissons Dieu faire croître. La gloire et les richesses viennent de lui. Chaque fois que vous êtes tenté de manipuler la gloire et les richesses, retirez-vous, tombez à genoux et repentez-vous.

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